Vidéo : Alexis, aveugle et secrétaire d'instruction

La vidéo démarre sur quelques prises de vue de Bruxelles.

*Radio* La météo. Samedi et dimanche seront des copies parfaites de ce qu'on a connu ce vendredi. Un très beau soleil, 21 degrés pour... *La radio change* Bruxelles et Liège à hauteur 

de Woluwe-Saint-Etienne aux kilomètres 5.5. C'est la voie centrale qui est encombrée. *Fin de la radio*

(On découvre quelques photos d’Alexis plus jeune, des prises de vue dans sa cuisine ).

Alexis : J'ai toujours été fan de radio, depuis que je suis tout petit. Depuis que j'ai 6 ans, j'écoute la radio tous les jours. Et c'est marrant de voir comment elle a finalement jalonné ma vie puisque j'ai fait mes études universitaires à l'ULB et de là j'ai fait connaissance avec la radio de l'ULB, radio campus. Je m'y suis énormément investit *rire* par moments plus qu'aux cours d'ailleurs. J'ai fait des émissions mais ensuite je me suis beaucoup occupé de la gestion quotidienne de la radio. J'ai été administrateur de radio campus pendant près d'une dizaine d'années et à un moment donné je présidait aussi le conseil exécutif qui est en fait l'organe qui gère la radio au quotidien. 

Marc Janssen : Je pense pouvoir dire qu'on a engagé Alexis (je dis "on" parce qu'on étaient 5) parce qu'il avait une ligne très claire, une approche très claire de la manière de faire son métier. 

Alexis : Je m'appelle Alexis Deboe et je travaille depuis deux mois au conseil supérieur de l'audiovisuel.

Marc Janssen : Sur les deux mois où Alexis et moi avons travaillé ensemble, je ne lui ai trouvé aucunes qualités ou aucuns défauts que je peux attribuer à son handicap.

(À l’image, Alexis marche en rue et se dirige vers son travail. Il rencontre une personne qui l’accompagne).

Alexis : J'ai fait la première partie de mes études dans l'enseignement spécial. Jusqu'à la fin des humanités inférieures. J'ai fait mes humanités supérieures dans une école dite "normale" donc, une école ordinaire. Et puis j'ai fait l'unif. J'ai fait d'abord les candy (comme on disait à l'époque) en droit et puis j'ai obliqué vers les sciences politiques parallèlement à ça j'ai commencé une formation en informatique à la Ligue Braille au Centre de formation professionnelle. Ca m'a permis aussi de réactualiser mes connaissances en néerlandais et en technique de communication. Et cette formation en informatique a débouchée sur un stage que j'ai fait à la RTBF ce qui était une sorte de rêve. Non seulement c'était le milieu que j'adorait et en plus ça me permettait concrètement de mettre mon apprentissage à l'épreuve. Je dois vraiment beaucoup à la Ligue Braille pour m'avoir trouvé ce stage et cette animatrice qui m'a permis de devenir un membre à part entière de l'équipe... bien au-delà de ce que j'étais censé faire au début. Dans mon parcours professionnel, j'ai été membre d'un cabinet ministériel, ce qui est une fonction politique et donc aussi en rapport éminemment avec la chose publique que j'ai prolongé aux services du médiateur de la communauté française là aussi c'était de la médiation administrative donc c'était : traiter les plaintes des citoyens qui rencontraient une difficulté avec un service administratif de la communauté française et maintenant le CSA où là aussi on est en rapport avec les radios et les auditeurs donc c'est vrai qu'il ya quand même une sorte de continuité dans mon parcours. Le fait de travailler au CSA c'est comme un aboutissement. 

(À l’image, Marc Janssen donne une interview assis dans une salle de réunion).

Marc Janssen : Je m'appelle Marc Janssen, je suis président du CSA depuis maintenant 2 ans. Le CSA c'est le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel qui est l'autorité de régulation des médias, principalement radio et télé, les médias audiovisuels en Communauté française de Belgique. C'est l'autorité qui est chargée de veiller au respect de toutes les lois et les règlements qui concernent l'audiovisuel et une grande partie de ce boulot c'est de recevoir les plaintes des citoyens et de les traiter

(Alexis et son collègue sont dans leur bureau)

Alexis : Bon, fais-moi écouter alors. 

Collègue d’Alexis : C'est une plainte qui a trait à une émission de la RTBF

(À l’image, Marc Janssen donne une interview assis dans une salle de réunion).

Marc Janssen : Alexis dirige et anime le secrétariat d'instruction. Il est secrétaire d'instruction. C'est une équipe de 4 personnes qui est chargée de recevoir les plaintes des citoyens, de les analyser, de les traiter, de faire le tri entre celles qui ressortent de notre compétence ou pas et pour celles qui ressortent de nos compétences : de les analyser, de s'informer, de dialoguer avec le secteur pour essayer d'en savoir plus sur la plainte et le cas échéant quand le secrétariat d'instruction pense qu'il y a eu en effet une infraction commise (potentiellement en tout cas), il la soumet au collège d'autorisation et de contrôle (la salle où on se trouve ici) qui va alors décider de trancher sur la plainte : préparée, informée, instruite par Alexis.

(À l’image, Benoît Renneson est assis à son bureau et répond face caméra).

Benoît Renneson : Je m'appelle Benoît Renneson. Je travaille au secrétariat d'instruction du CSA. Notre direction nous a dit : Vous serez ses yeux et vous aurez dans vos tâches d'expliquer ce qu'il y a à l'image. Dès que quelqu'un est là, Alexis est là aussi et lui les écoutent.

À partir de cette écoute il peut se forger une opinion et arriver à avoir un point de vue assez objectif parce qu'on se rend bien compte qu'on perçoit l'image différemment d'une personne à l'autre.

(À l’image, Alexis et Benoît sont assis dans leur bureau et se parlent l’un l’autre.)

Benoît Renneson : Il explique que si ça se passait en Belgique, on ne verrait jamais ça

Alexis : Il trouve ça choquant, il trouve ça paternaliste ?*

(On revoit Benoît seul dans son bureau)

Benoît Renneson : Et le fait qu'Alexis, justement, est là pour écouter et faire plutôt une synthèse de ce qu'on voit. Ce n'est finalement pas du tout négatif et il nous recadre vers l'essentiel. 

(La scène se déroule de nouveau dans le bureau d’Alexis et de Benoît, ils se parlent.)

Alexis : Ici la seule porte d'entrée serait la dignité humaine mais de là à ouvrir une instruction et interpeller la RTBF pour une atteinte à la dignité humaine, surtout dans le cadre d'un reportage d'information (même si l'émission est un peu satirique). Je pense qu'il faut essayer d'avoir un mot sur le fait qu’on peut comprendre la préoccupation du monsieur par rapport à la manière humaine de filmer ça, mais que la seule porte d'entrée serait celle de l'atteinte à la dignité humaine et que, franchement, ce serait excessif.

(On revoit Benoît seul dans son bureau)

Benoît Renneson : Le fait qu'Alexis est non voyant ne change pas grand chose au niveau du fonctionnement. On peut y aller sans crainte parce que c'est plutôt un plus... c'est enrichissant.

(Alexis est seul dans son bureau)

Une collègue d’Alexis : Je peux venir ? Je te dérange pas ? 

Alexis : Non ça va.

Collègue d’Alexis : Je viens car j'ai quelques courriers à te faire signer.

Alexis : Le courrier du jour ? 

Collègue d’Alexis : Oui. Le premier, c'est pour le transfert d'une plainte au télécom...

(Alexis signe des documents)

Alexis : Par rapport à l'employeur, il faut essayer de trouver un juste milieu. C'est à dire que je pense qu'il ne faut pas gommer les difficultés mais il faut essayer de montrer qu'elles peuvent être compensées et donc partiellement comblée par d'autres avantages. 

(À l’image, Marc Janssen donne une interview assis dans une salle de réunion).

Marc Janssen : Je pense que si des gens ont des hésitations. Il faut les examiner de près et voir exactement dans quelle mesure elles sont rationnelles. Si elles le sont un tant soit peu, il y a une série de solutions qui existent. Il n'est pas exclu qu'il y ait des emplois qui soient inaccessibles à des gens comme Alexis, mais je pense que le nombre de ces emplois est bien inférieur à ce qu'on peut penser. 

Alexis : Fondamentalement je crois que ça a surtout rapport avec l'enthousiasme qu'on a par rapport à une fonction bien précise. Je crois qu'à partir du moment où on répond au profil demandé (de la part de l'employeur et de la part de l'employé), on a, à mon avis, une plus grande motivation pour contourner les obstacles qui se présentent.

Le texte “Ouvrons les yeux sur leurs compétences” s’affiche avec le logo de la Ligue Braille.

*Fin de la vidéo*

Film réalisé avec le soutien de CAP48, de la Commission Communautaire Française et de la Secrétaire d’Etat aux personnes handicapées. Merci au CSA et à Alexis De Boe.

© 2009 Nudge Productions.